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(From Jazz Hot May 1978) - France ALBERT AYLER Light In Darkness (3). Heavenly Home (3). Spiritual Rebirth (3). Infinite Spirit (3). Omega Is The Alpha (3). Spirits Rejoice (1). Divine Peace Maker (1). Angels (2). (1) Don Ayler (tp), Albert Ayler (ts), Michel Sampson (vln), Bill Folwell, Henry Grimes (b), Beaver Harris (d). (2) Albert Ayler (ts), Call Cobbs (p), Bill Folwell, Henry Grimes (b). NYC, The Village Vanguard, 18 décembre 1966. (3) Don Ayler (tp), Albert Ayler (ts), Michel Sampson (vln), Joel Freedman (cello), Bill Folwell, Alan Silva (b), Beaver Harris (d). NYC, The Village Theatre, 26 février 1967. Impulse, ABC, AS 9336/2 (Distr. Carrère) (2C). De la premiere séance nous connaissions Truth Is Marching In et In Our Prayer, de la seconde For John Coltrane et Change Has Come, publiés sur “Albert Ayler In Greenwich ViIlage” (Impulse 9155). Tous les autres titres présentés dans ce “Village Concerts” étaient inédits. Leur publication nous est donc précieuse. D’abord parce quelle remet en pleine lumière l’oeuvre magique du grand Albert qui a fort rarement l’occasion de figurer dans les chroniques discographiques: la plupart de ce qu’il a enregistré n’est actuellement pas disponible, faute de rééditions. On risque fort ainsi, nouveau venu au jazz, d’ignorer la force, la fantastique prégnance d’une oeuvre qui compte parmi les lieux essentiels de la musique improvisée. A tous, familiers ou ignorants de la saga aylerienne, ce double disque apportera quelques révélations. En premier lieu sur le plan du rôle historique d’Albert Ayler. Très joliment, ainsi que le rapporte le texte de pochette, Anthony Braxton en définit l’importance. Il le présente comme l’aboutissement d’un langage, nourri de lyrisme et de mysticisme. Langage parvenu à ébullition avec John Coltrane et Pharoah Sanders, amené jusqu’au point d’évaporation par Albert Ayler. Et il est vrai qu’avec ce dernier, par la chaleur du son, par l’apparente simplicité harmonique, par l’insolite couleur orchestrale (contrebasses, violoncelle, violon à côté de trompette et ténor: le choeur des anges derrière la voix divine), par la ferveur lyrique enfin, l’on atteint à la dimension du merveilleux. Un merveilleux où la violence s’évapore en credo, où la ligne mélodique se veut conviviale. Il y eut par la suite bien des pseudo-mysticismes bêlants. Pour Ayler la dévotion ne s’illustre jamais dans la mièvrerie. Et lorsque la forme en appelle autant à la fanfare (Spirits Rejoice) qu’aux cantiques dominicaux, c’est que de toute manière, païenne ou religieuse, cette forme habille la fête. Mais pareille ioie, pareille immensité dans le chant ne devaient plus être jouées. Précisément parce qu’il est impossible de les “jouer” (de les simuler). Albert Ayler est un musicien du premier degré, corps et âme, souffle et motivation complètement impliqué dans sa musique. Tous les morceaux ici restitués le donnent clairement à sentir: Albert Ayler était inspiré. Sur un plan plus étroitement musical, on a pu décrier la simplicité (?) de sa musique. Certes, ni Light In Darkness, ni Heavenly Home, ni aucune des compositions ici présentes ne jonglent avec des harmonies complexes ou des subtilités rythmiques. Cette musique n’en est pas moins dense et riche. Dense par les discours individuels: celui terriblement fascinant d’Albert, mais aussi celui de son frère le trompettiste Don Ayler. Fortement sous-estimé (parce que défini par sa fraternité), Don Ayler représente pourtant le prototype de discours à la trompette mis en avant par Sun Ra (Michael Ray et Ahmed Abdulah aujourd’hui). Une certaine démesure dans le discours collectif force également le rapprochement avec le Soleil-Soleil de Chicago. Quant à la richesse c’est sur le plan des couleurs orchestrales qu’il faut la trouver. En cette ère des grands souffleurs et des sections rythmiques, il fallait oser présenter, avec deux cuivres et une batterie, un quartette à cordes! Fonctionnant sur l’antique principe des choeurs, les cordes fournissent un soubassement mélodique qui balance entre contrepoint et mélopée. Tantôt la couleur du violon est mise en exergue, tantôt celle des basses ou/et du violoncelle... Ayler présentait alors une formule restée inexplorée. C’est donc sur ce plan orchestral, comme sur celui des discours individuels (cf. David Murray...) que l’héritage d’Albert Ayler a le plus de chance d’être mis à profit aujourd’hui. Sa démarche, quant à elle, qui constitue la clef de voûte, la raison de vivre de sa musique, a bien été noyée dans l’East River avec lui. Enfin, Angels nous présente le ténor dialoguant avec un piano que l’on a tendance à attribuer à Call Cobbs, sans certitude aucune. Il s’agit là d’une ballade, parfaitement épurée. Elle possède l’immense majesté du Balzac de Rodin, grave et puissant, dans le brouillard de Sceaux, tel que l’a immortalisé Edward Steichen. Jailli du fin fond d’un torrent intérieur, la musique déborde alors les genres. Le mysticisme n’a plus de dieu, Albert n’est jamais mort. Et son chant n’a pas de fin. Alex Dutilh
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