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(From Jazz Magazine No. 192 - September 1971, p. 40-41) - France La Saga Héroïque d’Albert Ayler: Message From Albert / Free at Last / New Generation (1) / Zion Hill / Love Cry / Universal Indians / Ghosts / Omega / Bells (2) / Holy Ghost (3) / For John Coltrane (4) / Our Prayer (5) / Drudgery / Island Harvest (6). 1 Ayler (ts, voc), Call Cobbs (p, clavecin, org), Bill Folwell (b), Bernard Pretty Purdie (dm), Burt Collins, Joe Newman (tp), Seldon Powell (ts, fl), Buddy Lucas (bs), Garnett Brown (tb), The Soul Singers (voc). New York, 1969. 2 Ayler (ts), Don Ayler (tp), Call Cobbs (clavecin), Alan Silva (b), Milford Graves (dm). 1968. 3 Ayler (ts), Don Ayler (tp), Joel Freedman (cello), Lewis Worrell (b), Sunny Murray (dm). Village Gate, 28-3-65. 4 Ayler (as), J. Freedman (cello), A. Silva, B. Folwell (b), Beaver Harris (dm). Village Theatre, 26-2-67. 5 Ayler (ts), D. Ayler (tp), Michael Sampson (vln), B. Folwell, Henry Grimes (b), B. Harris (dm). Village Vanguard, 18-12-66. 6 Ayler (ts), Mary Maria (voc), Henry Vestine (g), Bill Folwell, Stafford Jones (b), Muhammad Ali (dm). Plaza Sound Studio, 26/29-8-69. Abc As-1024 (album de deux disques) / 33 t / 3O cm. «Saga Héroïque». Pourquoi pas? «La courte histoire du moi transcendant ». Comme certains rencontrent Dieu le samedi soir au quartier latin, d’autres, ceux qui vous parlent dans ce journal, croisent des titres bien curieux. Il faut soit une perversion de l’esprit hors pair, soit un sens de la publicité appris dans les couloirs de la Défense pour entendre cette musique comme un récit mythique cultivant le genre héroïque. Mis à part les mélodies joyeuses d’Armstrong (celui qui portait des petites socquettes blanches) et 1es flonflons enveloppants d’Ellington cuvée «Cotton Club» (celui qui porta encore des grandes chaussettes blanches), je ne connais guère d’exemple de musique plus directe et communicative que celle d’Albert Ayler. «Et tout pour la tripe», comme disait Rabelais. Pour ceux qui ne posséderaient pas les disques dont ce double album est extrait, l’achat est à conseiller sans restriction car, à l’exception des enregistrements publiés par E.s.p., le choix opéré recouvre les expressions multiples d’un art de dire/vivre peu courant sous nos cieux jazzistiques. De plus, on se familiarisera au passage avec les compagnons de route d’A. A., les Cobbs, Graves, Murray, Grimes, Silva, eux-mêmes authentiques créateurs. Plutôt que d’analyser les thèmes du présent album, ce qui a été fait auparavant dans ces colonnes, laissons la parole aux commentaires dissonnants quoique complémentaires imprimés au dos de la pochette... Constantin: «La mort d’A. A. est exemplaire à plus d’un titre... C’est pour cela que la question de savoir qui a tué A. A. est finalement assez subversive et pose le problème de fond d’America the beautiful... La musique d’A. A. est une musique de revanche. Et lorsque cette heure aura sonné, la musique d’A. A. l’Admirable sera étrangement, comme on dit, au goût du jour.» On a ici l’image d’un A. A. «héros de la révolution en marche», ce qui fait marrer lorsque l’on se reporte aux interviews données par A. A., en particulier la conversation entre A. A. et Jacqueline et Daniel Caux. (A propos de Spiritual Unity : «En Amérique ils ont essayé de dire que c’était très politique et que ce serait la cause des émeutes. C’était le moment où j’étais avec LeRoi Jones. Mais ce n’était pas vrai et la musique était très belle.» Art vivant no 17, février 71. Revue de Mister Maeght, homme bien sous tous rapports.) Ajoutons quand même que, sans vouloir faire d’Albert un Trotsky noir à barbiche, les lunettes et le piolet en moins, on ne peut sans mauvaise foi isoler la naissance et les prolongements d’une telle musique des révoltes individuelles des ghettos et des mouvements noirs de contestation structurés ou non. LeRoi Jones: «A. A. pense que tout est tout. Toute la paix. Tout le mouvement. Qu’il est un réceptacle divin (vessel?) d’où jaillirait l’énergie, point d’émergences. Il pense (ou peut-être ne le pense-t-il pas) qu’il n’est même pas ici... A. A. c’est l’âge atomique.» Honnête vis-à-vis de la philosophie d’A. A., LeRoi Jones, tout au moins dans ce court extrait de ses notes sur A. A., gomme quelque peu la dimension extra-musicale d’Ayler. Ce serait en quelque sorte le contre-pied de Constantin. Sans métaphysique ni politisation pédante, Delfeil de Ton exprime, à mon sens avec plus de bonheur, le poids d’existence d’une telle musique et l’état de joie extrême qu’on a pu éprouver à l’écoute en direct d’A. A. lors de ses deux passages en France. D.d.t.: « A. A. de mes amours, c’est toi que j’aimerai toujours. T’étais le plus beau, c’était toi qui swinguais le plus fort et c’est toi qui les faisais le plus suer... On se tenait par la main Marinella et moi et on était heureux... Que tu sois tombé dans la rivière, on est bien obligé de s’en consoler, mais si ç’avait été de nous, il y en a bien d’autres que l’on aurait poussés à ta place... La terre est encore plus triste depuis que tu n’es plus là... Ils te font des disques In Memoriam. Te voilà embaumé dans le latin. Mon pauvre Albert. Si c’est pas une pitié. » Enfin il nous reste des disques. Ce double album. C’est un peu la fête sous cellophane, mais à l’heure où l’on meurt un peu plus avec l’assassinat des Halles Baltard, Albert même eurubanné c’est toujours une consolation. P. G.-C. Back to: Record Reviews Discography: Compilations |
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