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(From Jazz Monthly December, 1965.) - UK BELLS: PERHAPS IT would be best to deal first with the most obvious features of this album—its drawbacks—all apparent before putting the disc on the turn-table. As many will know, for the record is sure to achieve some notoriety, it is a one-sided pressing on colourless transparent material; the second side is taken up by the art-nouveau title design. I’m not against experiments in presentation but it is certainly a lot to expect people to pay a relatively high price for only one side of music, playing time 19 minutes, and this with the added injury of near complete absence of information and no discussion of the unfamiliar music and musicians. The quality of the contents must be very considerable to transcend these barriers. TERRY MARTIN *** BELLS Albert Ayler (ts), Don Ayler (tp), Charles Tyler (as), Lewis Worrell et Gary Peacock (b), Sonny Murray (dms). “Bells”, comme tout le monde l’a bien compris, c’est vraiment le manifeste de la Nouvelle Musique. C’est à partir de ce disque que lui, Albert Ayler, et tous les autres sont devenus ce qu’il sont; soit en s’y opposant, soit en se croyant enfin libres d’aller jusqu’au bout d’eux-mêmes. Albert est sans doute le premier musicien depuis Bird à ne pas se soucier sincèrement de son art, ou mieux, de son expression. Il sait, parce qu’il les a expérimentés, que les seuls vrais sommets de l’intelligence et de la perception sont formés (obtenus) par la multiplication des accidents-événements et que l’unicité est devenue un centre trop inutile pour ne pas être condamnée à se balancer stérilement d’avant en arrière de la création. Le ventre de la phrase, le coeur de toutes les syntaxes est en fait (médiocre soleil) une donnée trop facilement réductible à la notion matricielle de vecteur; quand ces vecteurs sont déclarés informels, il en profite pour se détourner et regarde hypocritement vers la vie (les marches militaires), le rêve peut alors se contenter d’être lui-même. Pendant les époques limites, le seul point de fuite, la seule planche de salut, se trouvent du côté de la brûlante succession des climats. Mais une succession en boucle: recommencer le déjà énoncé, s’engloutir dans son point de départ, réamorcer l’acte qui s’achève, s’enrouler autour de son propre projet, c’est l’arme unique que nous possédions pour nous opposer au silence (on parle trop du silence); ce silence où nous pensions nous enfoncer, épuisés, battus par l’inhumaine et fulgurante rapidité du défilé des antinomies en liberté. La cercle: règle d’action des positifs et des négatifs organisés en chaine... La structuration des matérieux est-elle donc si vaine quand elle se fait pour elle-même? La musique d’Albert est une réponse impérative et injuste. Un beau matin, il se retrouvera sans nécessités, debout au milieu de son magnifique espace comblé de fleurs mortelles qu’il n’aura pas voulu (désiré) engendrer; il feindra la surprise, jouera la carte de la maturité; il sera alors lui aussi bel et bien confronté avec l’inepte futilité de toute musique... Il croira au personnage qu’il sera devenu at au vocabulaire qui se mettra tout à coup à sa disposition, c’est ce dernier coup qui lui sera fatal... Ce sont les professionnels du son qui recherchent les grands dialogues à l’intérieur de leurs oeuvres, Albert n’aura qu’entrepris la quête du matériel sans qualité (sans jamais chercher à réussir, cela aurait déjà été une forme, son manque de lucidité le protège: il voit clair). “Découverte”: ne plus faire de fausses notes mais des mauvaises notes. Tout au long des cultures, à intervalles réguliers, apparaissent de ces sortes d’antiprogressistes qui font toucher le but; Albert doit se savoir condamné: il nous laisse un récit déjà presque complet et sans l’ombre d’une faiblesse ou d’un doute. La ligne — ou le son — se dissocie, s’arrache de la forme, de la couleur, du dessin, elle se précipite vers son propre jeu (d’implication sociales); et c’est par dessus ou au creux de ces énormes entrelacs qu’il capture ces minuscules unités de lumière qu’il avait laissé s’échapper. La force sans muscle de sa musique, quand elle se déploie, appelle la fragilité de son destin. La MUSIQUE qu’il émet par l’intermédiaire de son instrument est la seule à être plus férocement constante que lui-même. Le grotesque dont parlent ceux qui “écoutent” Albert représente presque trop parfaitement la manière dont ils en sont environnés, pris au piège. Après lui, les nouvelles inventions seront difficiles car le sexe de sa musique appartient à ceux qui pourront lui répondre malgré tout sans montrer trop de panique. Cette course aux atmosphères marque l’affaiblissement irrémédiable de toute “perfection”. Cependant il y a encore Marion Brown... Alain Corneau
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